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COURRIER INTERNATIONAL N° 896 2 DU 2 AU 9 JANVIER 2008_图文

发布时间:

PAKISTAN La ?n d’un espoir
www.courrierinternational.com
N° 896 du 2 au 9 janvier 2008 - 3

DOSSIER SPECIAL D?CROISSANCE

MOINS POUR GAGNER MOINS
ET VIVRE MIEUX
AFRIQUE CFA : 2 200 FCFA - ALG?RIE : 400 DA - ALLEMAGNE : 3,20 AUTRICHE : 3,20 - BELGIQUE : 3,20 - CANADA : 5,50 $CAN - DOM : 3,80 ESPAGNE : 3,20 - E-U : 4,75 $US - G-B : 2,50 ? - GR?CE : 3,20 IRLANDE : 3,20 - ITALIE : 3,20 - JAPON : 700 ? - LUXEMBOURG : 3,20 MAROC : 25 DH - NORV?GE : 39 NOK - PORTUGAL CONT. : 3,20 SUISSE : 5,80 FS - TOM : 700 CFP - TUNISIE : 2,600 DTU

TRAVAILLER

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M 03183 - 896 - F: 3,00 E

l e s s o u rc e s
ABC 267 000 ex., Espagne,
quotidien. Journal monarchiste et conservateur depuis sa création en 1903, ABC a un aspect un peu désuet unique en son genre : une centaine de pages agrafées, avec une grande photo à la une. des affaires internationales et le sérieux de ses informations nationales.



PARMI LES SOURCES CETTE SEMAINE
l’une mexicaine et l’autre espagnole, avec des contenus différents. print” (toute l’information digne d’être publiée).

Courrier international n° 896
Edité par Courrier international SA, société anonyme avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106 400 Actionnaire : Le Monde Publications internationales SA. Directoire : Philippe Thureau-Dangin, président et directeur de la publication ; Chantal Fangier Conseil de surveillance : Pierre Jeantet, président ; Eric Fottorino, vice-président Dép?t légal : décembre 2007 - Commission paritaire n° 0712C82101 ISSN n° 1 154-516 X – Imprimé en France / Printed in France

DAILY TIMES 43 000 ex., Pakistan, quotidien. “Une nouvelle voix pour un nouveau Pakistan”, lancé en 2002 par Najam Sethi, propriétaire de l’hebdomadaire Friday Times, entend défendre la liberté de parole dans un pays où elle n’est pas toujours respectée.

THE ECONOMIST 1 200 000 ex.,
Royaume-Uni, hebdomadaire. Véritable institution de la presse britannique, le titre, fondé en 1843 par un chapelier écossais, est la bible de tous ceux qui s’intéressent à l’actualité internationale. Ouvertement libéral, il se situe à l’“extrême centre”. Imprimé dans six pays, il réalise 83 % de ses ventes à l’extérieur du Royaume-Uni.

LUXEMBURGER WORT 81 000 ex., Luxembourg, quotidien. Fondé en 1848, c’est le premier quotidien du Luxembourg. Proche du Parti chrétien-social (droite), ce grand journal conservateur est rédigé essentiellement en allemand, mais publie à l’occasion des articles en fran?ais. Depuis l’automne 2001, il propose une édition francophone à part entière, “La Voix du Luxembourg”. MALAWI NEWS 25 000 ex., Malawi, hebdomadaire. Fondé en 1959, le titre est l’une des meilleures publications du pays. Il se distingue par la qualité de ses reportages et de ses enquêtes.

THE NEW ZEALAND HERALD 250 000 ex., Nouvelle-Zélande, quotidien. Fondé en 1870, conservateur, il est un des poids lourds de la presse néo-zélandaise. Comme dans la plupart des journaux de ce pays, l’espace réservé aux actualités internationales est limité. NOUVEL HORIZON 10 000 ex., Sénégal, hebdomadaire. Fondé en 1996, le titre est l’un des plus lus des magazines sénégalais. Il s’est imposé gr?ce à des reportages et des analyses de qualité, notamment dans le domaine politique. ROOZ <http ://www.roozonline.com>, Iran. Créé en 2005, “Le Jour” est le premier quotidien iranien publié uniquement en ligne. Sa rédaction est constituée de journalistes exilés en Europe et qui collaboraient aux quotidiens proréformateurs à Téhéran, fermés par les conservateurs entre 1997 et 2001. LA STAMPA 400 000 ex., Italie, quotidien. Le titre est à la fois le principal journal de Turin et le principal quotidien du groupe Fiat, qui contr?le 100 % du capital à travers sa filiale Italiana Edizioni Spa. Depuis quelque temps, La Stampa fait place à une grande photo à la une, ce qui lui a valu plusieurs prix de la meilleure une en 2000. SVENSKA DAGBLADET 190 000 ex., Suède, quotidien. Fondé en 1884, “Le Quotidien de Suède”, conservateur, a été racheté en l’an 2000 par le groupe norvégien Schibstedt. En grande difficulté financière, il est passé en 2001 en format tablo?d. Il offre de bonnes pages culturelles. THE TIMES OF INDIA 2 200 000 ex., Inde, quotidien. Fondé en 1838 à Bombay, il est le premier quotidien en langue anglaise du monde, avec 7 éditions et 600 journalistes. Le journal de référence à l’intérieur du pays comme auprès de la diaspora. LA VANGUARDIA 185 000 ex., Espagne,
quotidien. “L’Avant-Garde” a été fondé en 1881 à Barcelone par la famille Godó, qui en est toujours propriétaire. Ce quotidien de haute tenue est le quatrième du pays en terme de diffusion, mais il est numéro un en Catalogne, juste devant El Periódico de Catalunya.

R?DACTION
6-8, rue Jean-Antoine-de-Ba?f, 75212 Paris Cedex 13 Accueil 33 (0)1 46 46 16 00 Fax général 33 (0)1 46 46 16 01 Fax rédaction 33 (0)1 46 46 16 02 Site web www.courrierinternational.com Courriel lecteurs@courrierinternational.com Directeur de la rédaction Philippe Thureau-Dangin Assistante Dalila Bounekta (16 16) Rédacteur en chef Bernard Kapp (16 98) Rédacteurs en chef adjoints Odile Conseil (16 27), Isabelle Lauze (16 54), Claude Leblanc (16 43) Chef des informations Anthony Bellanger (16 59) Rédactrice en chef technique Nathalie Pingaud (16 25) Directrice artistique Sophie-Anne Delhomme (16 31) Europe de l’Ouest Eric Maurice (chef de service, Royaume-Uni, 16 03), Gian-Paolo Accardo (Italie, 16 08), Anthony Bellanger (Espagne, France, 16 59), Danièle Renon (chef de rubrique Allemagne, Autriche, Suisse alémanique, 16 22), Philippe Randrianarimanana (Royaume-Uni, 16 68), Daniel Matias (Portugal), Wineke de Boer (Pays-Bas), Léa de Chalvron (Finlande), Rasmus Egelund (Danemark, Norvège), Philippe Jacqué (Irlande), Alexia Kefalas (Grèce, Chypre), Mehmet Koksal (Belgique), Kristina R?nnqvist (Suède), Laurent Sierro (Suisse) Europe de l’Est Alexandre Lévy (chef de service, 16 57), Laurence Habay (chef de rubrique, Russie, Caucase, 16 36), Iwona Ostapkowicz (Pologne, 16 74), Philippe Randrianarimanana (Russie, 16 68), Iulia Badea-Guéritée (Roumanie, Moldavie), Alda Engoian (Caucase), Agnès Jarfas (Hongrie), Kamélia Konaktchiéva (Bulgarie), Larissa Kotelevets (Ukraine), Marko Kravos (Slovénie), Ilda Mara (Albanie, Kosovo), Miro Miceski (Macédoine), Gabriela Kukurugyova (Rép.tchèque, Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, Monténégro, Croatie, Bosnie-Herzégovine) Amériques Jacques Froment (chef de service, Amérique du Nord, 16 32), Bérangère Cagnat (Etats-Unis, 16 14), Marianne Niosi (Canada), Christine Lévêque (chef de rubrique, Amérique latine, 16 76), Anne Proenza (Amérique latine, 16 76), Paul Jurgens (Brésil) Asie Hidenobu Suzuki (chef de service, Japon, 16 38), Agnès Gaudu (chef de rubrique, Chine, Singapour, Ta?wan, 16 39), Ingrid Therwath (Asie du Sud, 16 51), Christine Chaumeau (Asie du Sud-Est, 16 24), Alda Engoian (Asie centrale), Marion Girault-Rime (Australie, Pacifique), Elisabeth D. Inandiak (Indonésie), Jeong Eun-jin (Corées), Kazuhiko Yatabe (Japon) Moyen-Orient Marc Saghié (chef de service, 16 69), Hamdam Mostafavi (Iran, 17 33), Hoda Saliby (Egypte, 16 35), Nur Dolay (Turquie), Pascal Fenaux (Isra?l), Guissou Jahangiri (Iran), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe), Pierre Vanrie (Moyen-Orient) Afrique Pierre Cherruau (chef de service, 16 29), Anne Collet (Mali, Niger, 16 58), Philippe Randrianarimanana (Madagascar, 16 68), Hoda Saliby (Maroc, Soudan, 16 35), Chawki Amari (Algérie), Gina Milonga Valot (Angola, Mozambique), Fabienne Pompey (Afrique du Sud) Débat, livre Isabelle Lauze (16 54) Economie Pascale Boyen (chef de service, 16 47) Multilatéral Catherine André (chef de service, 16 78) Multimédia Claude Leblanc (16 43) Ecologie, sciences, technologie Eric Glover (chef de service, 16 40) Insolites Claire Maupas (chef de rubrique, 16 60) Epices & saveurs, Ils et elles ont dit Iwona Ostapkowicz (chef de rubrique, 16 74) Site Internet Marco Schütz (directeur délégué, 16 30), Olivier Bras (16 15), Anne Collet (documentaliste, 16 58), Jean-Christophe Pascal (webmestre, 16 61), Pierrick Van-Thé (webmestre, 16 82) Agence Courrier Sabine Grandadam (chef de service, 16 97), Caroline Marcelin (16 62) Traduction Raymond Clarinard (chef de service, anglais, allemand, roumain, 16 77), Nathalie Amargier (russe), Catherine Baron (anglais, espagnol), Isabelle Boudon (anglais, allemand), Fran?oise Escande-Boggino (japonais, anglais), Caroline Lee (anglais, allemand, coréen), Fran?oise Lemoine-Minaudier (chinois), Julie Marcot (anglais, espagnol), Marie-Fran?oise Monthiers (japonais), Mikage Nagahama (japonais), Ngoc-Dung Phan (anglais, vietnamien), Olivier Ragasol (anglais, espagnol), Danièle Renon (allemand), Mélanie Sinou (anglais, espagnol) Révision Elisabeth Berthou (chef de service, 16 42), Pierre Bancel, Philippe Czerepak, Fabienne Gérard, Philippe Planche Photographies, illustrations Pascal Philippe (chef de service, 16 41), Anne Doublet (16 83), Lidwine Kervella (16 10), Cathy Rémy (16 21) Maquette Marie Varéon (chef de service, 16 67), Catherine Doutey, Nathalie Le Dréau, Gilles de Obaldia, Denis Scudeller, Jonnathan Renaud-Badet Cartographie Thierry Gauthé (16 70) Infographie Catherine Doutey (16 66), Emmanuelle Anquetil (colorisation) Calligraphie Kyoko Mori Informatique Denis Scudeller (16 84) Documentation Iwona Ostapkowicz 33 (0)1 46 46 16 74, du lundi au vendredi de 15 heures à 18 heures Fabrication Patrice Rochas (directeur) et Nathalie Communeau (directrice adjointe, 01 48 88 65 35). Impression, brochage : Maury, 45191 Malesherbes. Routage : France-Routage, 77183 Croissy-Beaubourg Ont participé à ce numéro Chloé Baker, Marie Bél?il, Gilles Berton, Marc-Olivier Bherer, Marianne Bonneau, Jean-Baptiste Bor, Thomas Boutonnet, Valérie Brunissen, Régine Cavallaro, Lucy Conticello, Fabienne Costa, Geneviève Deschamps, Maria Dvinina, Mouna El-Mokhtari, Alexandre Errichiello, Marion Gronier, Lola Gruber, Pegah Hosseini, Caroline Lelong, Marina Niggli, Isabelle Taudière, Anne Thiaville, Charlotte Thomas, Emmanuel Tronquart

ADBUSTERS 120 000 ex., Canada, bimestriel. Littéralement “Casseur de pubs”, Adbusters s’est fait conna?tre pour ses “antipubs” tournant la publicité des grandes entreprises au ridicule. Il a également impulsé des campagnes de “marketing social”, comme la journée sans achat ou la lutte contre la publicité dans les écoles. Fleuron de l’altermondialisme nord-américain, son design est novateur. AKHALI TAOBA 9 000 ex., Géorgie, quotidien. Créée en 1993, “La Nouvelle Génération” a la plume acerbe et sarcastique. Ses analyses sur l’actualité nationale sont appréciées. Très lu, ce journal indépendant s’attache à être le plus exhaustif possible dans le traitement de l’information. THE BOSTON GLOBE 435 000 ex. en
semaine, 642 000 le dimanche, Etats-Unis, quotidien. Fondé en 1872 par six hommes d’affaires, le grand journal de la Nouvelle-Angleterre, sérieux, informé, se distingue aussi par ses reportages photographiques et sa rubrique sportive.

FINANCIAL TIMES 432 500 ex.,
Royaume-Uni, quotidien. Le journal de référence, couleur saumon, de la City et du reste du monde. Une couverture exhaustive de la politique internationale, de l’économie et du management.

THE HINDU 700 000 ex., Inde, quotidien. Hebdomadaire fondé en 1878, puis quotidien à partir de 1889. Publié à Madras et diffusé essentiellement dans le sud du pays, ce journal indépendant est connu pour sa tendance politique de centre gauche. THE INDEPENDENT 240 000 ex., RoyaumeUni, quotidien. Créé en 1986, c’est l’un des grands titres de la presse britannique de qualité. Il se distingue de ses concurrents par son indépendance d’esprit, son engagement proeuropéen et ses positions libérales sur les questions de société. THE INDEPENDENT ON SUNDAY 204 000 ex.,
Royaume-Uni, hebdomadaire. Créé en 1990, le titre est la version dominicale du grand quotidien The Independent. Composé des suppléments Entreprise, Sport, Culture et d’un magazine, il propose des articles orientés sur des problèmes de société.

EL MUNDO 330 000 ex., Espagne, quotidien. Fondé en 1989, “Le Monde” a toujours revendiqué le modèle du journalisme d’investigation à l’américaine, bien qu’il ait parfois tendance à privilégier le sensationnalisme au détriment du sérieux des informations. Son directeur, Pedro J. Ramírez, appelé familièrement Pedro Jota, a deux bêtes noires : les socialistes et le quotidien concurrent El País. NANFANG DUSHIBAO 1 150 000 ex., Chine,
quotidien. Créé en 1997, le Nanfang Dushibao est le grand succès d’une génération de “journaux de métropole” apparus à la fin du XXe siècle. Réactif, informé, financé en grande partie par la publicité, il donne à ses lecteurs citadins une gamme d’informations écrites sur un ton critique.

THE GUARDIAN 364 600 ex., RoyaumeUni, quotidien. Depuis le 12 septembre 2005, il est le seul quotidien national britannique imprimé au format berlinois (celui du Monde) et tout en couleurs. Depuis 1821, l’indépendance, la qualité et l’engagement à gauche caractérisent ce titre qui abrite certains des chroniqueurs les plus respectés du pays. HANKYOREH 600 000 ex., Corée du
Sud, quotidien. Cinquième quotidien sud-coréen (derrière le Chosun Ilbo, “Le Quotidien de Corée” ; le Dong-A Ilbo, “Le Quotidien d’Asie orientale”, le Chungang Ilbo, “Le Quotidien du Centre” et le Hankook Ilbo, “Le Quotidien de Corée”), “Un seul peuple” a été fondé en 1988 gr?ce aux fonds collectés auprès de 62 000 personnes. Le seul journal d’opposition jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Kim Dae-jung en 1997.

THE IRISH TIMES 116 000 ex., Irlande,
quotidien. Fondé par des protestants et aujourd’hui dirigé par des catholiques, The Irish Times est le journal dit de référence. Mais son assise a été sérieusement ébranlée par le licenciement de 250 personnes en 2001.

LE JOURNAL HEBDOMADAIRE 35 000 ex.,
Maroc, hebdomadaire. Fondé en novembre 1997, Le Journal a été interdit le 2 décembre 2000 par le gouvernement Youssoufi. Depuis lors, il repara?t sous le nom de Journal hebdomadaire. Ce titre indépendant défend les droits de l’homme avec ardeur.

CAMBODGE SOIR HEBDO 3 000 ex., Cambodge, hebdomadaire. Le titre, qui a vu le jour en octobre 2007, est la nouvelle formule hebdomadaire du quotidien Cambodge Soir, créé en 1995. Il est lu par les expatriés, les fonctionnaires et les étudiants francophones. Il propose des enquêtes et des reportages, ainsi qu’une analyse régionale signée de l’ancien correspondant du Monde, Jean-Claude Pomonti.

JUTARNJI LIST 100 000 ex., Croatie, quotidien. Créé après l’indépendance de la Croatie, le “Journal du matin”, d’orientation libérale, est le deuxième quotidien du pays. Il fait partie du principal groupe de presse croate, EPH. KAPITAL 36 000 ex., Russie, hebdomadaire. Depuis 1995, Kapital étudie les questions clés de l’adaptation à l’économie de marché : carrières, marketing, management, marché du travail. Financé par l’éditeur néerlandais Independent Media, il est indépendant des grands banquiers qui contr?lent la presse de Russie.

NEW SCIENTIST 175 000 ex., RoyaumeUni, hebdomadaire. Stimulant, soucieux d’écologie, bon vulgarisateur, le New Scientist est l’un des meilleurs magazines d’information scientifique du monde. Créé en 1956, il réalise un tiers de ses ventes à l’étranger. NEWSWEEK 4 000 000 ex., Etats-Unis,
hebdomadaire. Créé en 1933 sur le modèle du Time, le titre est le deuxième magazine le plus lu par les Américains. Il est, en revanche, le tout premier sur le plan international. Il compte quatre éditions en anglais et huit en langues locales. Sa diffusion atteint chaque semaine 3,1 millions d’exemplaires aux Etats-Unis et plus de 900 000 dans le reste du monde.

THE WASHINGTON POST 700 000 ex., EtatsUnis, quotidien. Recherche de la vérité, indépendance : la publication des rapports secrets du Pentagone sur la guerre du Vietnam ou les révélations sur l’affaire du Watergate ont démontré que le Post vit selon certains principes. Un grand quotidien de centre droit.

CAPE ARGUS 73 000 ex., Afrique
du Sud, quotidien. Fondé en 1860, ce journal régional anglophone reste le plus lu des titres du Cap malgré la concurrence acharnée de Cape Times. Très axé sur les informations locales, notamment les faits divers, Cape Argus consacre une large place à l’information nationale et internationale.

DIE WELT 202 000 ex., Allemagne, quotidien. “Le Monde”, porte-drapeau des éditions Springer, est une sorte de Figaro à l’allemande. Très complet dans le domaine économique, il est aussi lu pour ses pages concernant le tourisme et l’immobilier.

THE CHRISTIAN SCIENCE MONITOR 70 000 ex., Etats-Unis, quotidien. Publié à Boston mais lu “from coast to coast”, cet élégant tablo?d est réputé pour sa couverture

AL-HAYAT 110 000 ex., Arabie Saoudite (siège à Londres), quotidien. “La Vie” est sans doute le journal de référence de la diaspora arabe et la tribune préférée des intellectuels de gauche ou des libéraux arabes qui veulent s’adresser à un large public.

LETRAS LIBRES 60 000 ex., Mexique et Espagne, mensuel. Succédant à Vuelta, la célèbre revue d’Octavio Paz, le titre, fondé par Enrique Krauze en 1999, s’inscrit dans la tradition des grandes revues littéraires latino-américaines. Il a deux éditions,

THE NEW YORK TIMES 1 160 000 ex. (1 700 000 le dimanche), Etats-Unis, quotidien. Avec 1 000 journalistes, 29 bureaux à l’étranger et plus de 80 prix Pulitzer, c’est de loin le premier quotidien du pays, dans lequel on peut lire “all the news that’s fit to

DIE ZEIT 464 400 ex., Allemagne, hebdomadaire. Le magazine de l’intelligentsia allemande. Tolérant et libéral, c’est un grand journal d’information et d’analyse politique.

ADMINISTRATION - COMMERCIAL
Directrice administrative et financière Chantal Fangier (16 04). Assistantes : Sophie Jan et Natacha Scheubel (16 99). Contr?le de gestion : Stéphanie Davoust (16 05) avec Joaquim Caston. Comptabilité : 01 48 88 45 02 Relations extérieures Anne Thomass (responsable, 16 44), assistée de Victor Dekyvere (16 73) Ventes au numéro Directeur commercial : Jean-Claude Harmignies. Responsable publications : Brigitte Billiard. Direction des ventes au numéro : Hervé Bonnaud. Chef de produit : Jér?me Pons (0 805 05 01 47, fax : 01 57 28 21 40). Diffusion internationale : Franck-Olivier Torro (01 57 28 32 22). Promotion : Christiane Montillet Marketing, abonnement : Pascale Latour (directrice, 16 90), Sophie Gerbaud (16 18), Véronique Lallemand (16 91), Mathilde Melot (16 87) Publicité Publicat, 7, rue Watt, 75013 Paris, tél. : 01 40 39 13 13. Directeur général adjoint : Henri-Jacques Noton. Directeur de la publicité : Lionel Bennegent <lbennegent@publicat.fr> (14 01). Directrice adjointe : Lydie Spaccarotella (14 05). Directrice de clientèle : Hedwige Thaler (14 07). Chefs de publicité : Kenza Merzoug (13 46), Claire Schmidt (13 47). Exécution : Géraldine Doyotte (01 41 34 83 97). Publicité site Internet : i-Régie, 16-18, quai de Loire, 75019 Paris, tél. : 01 53 38 46 63. Directeur de la publicité : Arthur Millet, <amillet@i-regie.com>

ABONNEMENTS
Modifications de services ventes au numéro, réassorts Paris 0 805 05 01 47, province, banlieue 0 805 05 0146 Abonnements Tél. de l’étranger : 00 33 3 44 62 52 73 Fax : 03 44 57 56 93 Courriel : <abo@courrierinternational.com> Adresse abonnements Courrier international, Service abonnements, 60646 Chantilly Cedex Commande d’anciens numéros Boutique du Monde, 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris. Tél. : 01 57 28 27 78

Courrier International, USPS number 013-465, is published weekly 49 times per year (triple issue in Aug, double issue in Dec), by Courrier International SA c/o USACAN Media Dist. Srv. Corp. at 26 Power Dam Way Suite S1-S3, Plattsburgh, NY 12901. Periodicals Postage paid at Plattsburgh, NY and at additional mailing Offices. POSTMASTER : Send address changes to Courrier International c/o Express Mag, P box 2769, Plattsburgh, NY 12901-0239. .O. Ce numéro comporte un encart ING pour les abonnés.

C OURRIER INTERNATIONAL N° 896

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DU 2 AU 9 JAN VIER 2008

s o m m a i re



e n c o u ve r t u re



Travailler moins pour gagner moins et vivre mieux
“Les Fran?ais, si l’on en croit Nicolas Sarkozy, veulent travailler plus pour gagner plus. Ailleurs, en ” Suède, en Nouvelle-Zélande ou au Royaume-Uni, nombreux sont ceux qui ont pris un chemin tout autre : en réduisant leur temps de travail, en tournant le dos à l’hyperconsommation, en choisissant le partage et l’entraide, en protégeant l’environnement. pp. 26 à 33
? Dessin de Forges paru dans El País, Madrid.

22 ■ moyen-orient S Y R I E Damas en panne de stratégie diplomatique M O N D E M U S U L M A N Nostalgie du passé honni PA L E S T I N E Les blogueuses de Gaza vous parlent 34 ■ afrique A F R I Q U E D U S U D Mbeki est coupable, Zuma pas encore GABON Quarante ans de g?chis ! MALAWI La population réapprend à marcher MAROC Trente euros pour cueillir des fraises en Espagne
ENQU?TES ET REPORTAGES

26 ■ en couverture Travailler moins pour vivre mieux Nicolas Sarkozy ne cesse de le répéter : “Les Fran?ais veulent travailler plus pour gagner plus.” Mais le président se trompe peut-être d’époque : ceux qui souhaitent échapper au diktat de la consommation et trouver des modes de vie alternatifs sont de plus en plus nombreux. 34 ■ portrait Ce Croate peut gagner l’Euro 2008 Joueur vedette de l’équipe nationale croate d e f o o t b a l l , S l ave n B i l i c e n e s t d é s o r m a i s l’entra?neur. Avec la mission de faire triompher ses joueurs. 36 ■ reportage Liverpool reprend des couleurs

RUBRIQUES

2 ■ Les sources de cette semaine 4 ■ l’éditorial Pauvre Pakistan !
par Bernard Kapp

4 ■ l’invitée Julie Flint,
The Independent, Londres

8 ■ à l’affiche 47 ■ le livre Partie de la solution,
d’Ulrich Peltzer

Choisie pour être Capitale européenne de la culture pour l’année 2008, l’ancienne métropole commerciale de l’Empire britannique veut profiter de l’occasion pour changer de décor.

47 ■ saveurs Tha?lande : Fleurs de fruits,
jolies, jolies, jolies…

48 ■ voyage Mexico : Tepito,
quartier insoumis

51 ■ insolites Adieu serveurs,
adieu pourboires

Révolution au “Wall Street Journal” p. 44

morts Chaque jour, des scientifiques risquent leur vie dans les régions les plus violentes de la planète. Leur métier ? Déterminer le nombre de victimes lors d’un conflit.

38 ■ enquête Des matheux pour compter les

D ’ U N C O N T I N E N T ? L’ A U T R E

INTELLIGENCES

6 ■ pakistan La fin d’un espoir La disparition

tragique, le 27 décembre dernier, de Benazir Bhutto fragilise davantage le Pakistan, déjà en crise depuis plusieurs années. Mais c’est aussi un signe flagrant de l’échec de la diplomatie de l’administration Bush.

40 ■ économie CROISSANCE Nord qui pleure, Sud qui rit C O M M E R C E Doha toujours en panne I N D E Une auto à 3 000 dollars ?NERGIE Hors de l’OPEP point de salut , 44 ■ multimédia P R E S S E Révolution
“Wall Street Journal” culturelle au

Le “jeune homme”, le “vieux sage” et la pédagogie M O R A L E Entre mépris et éclat de rire C U LT U R E Le rap mélancolique des faubourgs marseillais ?CONOMIE Bravo la France qui a choisi le temps plut?t que l’argent et sans spectateurs BR?SIL Et le désert fut irrigué gr?ce au soleil… MEXIQUE Ne tirez pas sur les musiciens !

9 ■ france P O L I T I Q U E

45 ■ écologie ?NERGIE L’armée américaine se lance
dans la bataille écologique

16 ■ amériques ?TATS - UNIS Quinze acteurs sans texte 19 ■ asie AFGHANISTAN Le Badakhchan sous l’emprise

Tepito, au c?ur de Mexico

p. 48

le big bang INTERNET ■ la santé vue d’ailleurs Les labos surestiment l’efficacité de leurs médicaments

46 ■ sciences COSMOLOGIE Une fronde pour remplacer

Les voyages de

de l’opium C A M B O D G E La violence domine les conflits fonciers C H I N E Le peuple a le droit de savoir C O R ? E D U S U D Un président à mi-chemin entre Merkel et Sarkozy J A P O N Crise au ministère de la Défense ■ le mot de la semaine chengxin, l’honnêteté

Laissez-vous tenter par nos voyages !
Courrier international et Ulysse vous proposent de vivre l’actualité à travers des voyages exceptionnels coorganisés avec le voyagiste Cosmopolis.

Vous aimez nos articles ?

Sur RFI Retrouvez Courrier international tous les jeudis dans
l’émission Les Visiteurs du jour, animée par Hervé Guillemot. Cette semaine, notre dossier de une, “Travailler moins, gagner moins, vivre mieux”, avec Anthony Bellanger. Cette émission sera diffusée en direct sur 89 FM le jeudi 3 janvier à 10 h 12, puis disponible sur le site <www.rfi.fr.>

● Un premier voyage, du 11 au 22 avril 2008, vous fera découvrir la déroutante Corée du nord.

● Un second, du 3 au 14 mai 2008, pour découvrir la complexité de la Transcaucasie (Azerba?djan, Géorgie, Arménie).

Pour nous contacter : 01 53 46 16 84 ou courrierinternational@cosmopolis-travel.com
Voyages organisés en partenariat avec Cosmopolis, marque de Frequent Flyer Travel Paris www.cosmopolis-travel.com - Licence 075 01 0024

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DU 2 AU 9 JANVIER 2008

e n c o u ve r t u re
? Dessin de Krauze paru dans The Guardian, Londres.



TRAVAILLER MOINS POUR VIVRE MIEUX
■ Nicolas Sarkozy ne cesse de le répéter : “Les Fran?ais veulent travailler plus pour gagner plus.” Le président se trompe peut-être d’époque. Ailleurs, en Suède, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni, nombreux sont ceux qui ont pris un chemin tout autre. ■ En réduisant leur temps de travail, en tournant le dos à l’hyperconsommation, en choisissant le partage et l’entraide, en protégeant l’environnement. ■ On les appelle les adeptes de la simplicité volontaire. Et 2008, avec ou sans récession, pourrait voir leurs idées se diffuser.

Vive la décroissance !
Refus de l’hyperconsommation, mode de vie moins polluant… En Australie et en Nouvelle-Zélande, ces idées font école, notamment chez les jeunes.
THE NEW ZEALAND HERALD (extraits)

L

Auckland

es adeptes de la décroissance (downshifters ou downsizers) [décélérateurs ou encore ralentisseurs] vivent dans les grandes villes comme dans les petites, mais aussi à la campagne. Ils traversent les générations et les professions, mais la plupart appartiennent aux classes moyennes ou supérieures. Ils parlent de liberté, de redécouverte des plaisirs simples, de bien-être, d’harmonie. Ils savent que moins peut être plus. Peut-être certains sont-ils vos voisins. D’ailleurs, avec la hausse des prix de l’alimentation, le poids de l’énergie dans les budgets et le spectre toujours présent d’un effondrement du marché de l’immobilier, tout le monde pourrait bient?t avoir à s’efforcer de vivre mieux avec moins. Dans le livre Affluenza [terme désignant le “complexe d’opulence”], Clive Hamilton, directeur de l’Australia Institute, un groupe de réflexion plut?t de gauche, définit ainsi les adeptes de la décroissance : ce sont “des individus qui procèdent à un changement volontaire et à long terme de leur mode de vie, passant par des revenus sensiblement moins élevés et par une baisse de leur consommation”, et qui aspirent à mener une vie plus épanouissante, ayant plus de sens. Libérés du joug de la routine capitaliste, ils travaillent moins et dépensent moins, et le font de fa?on plus constructive. L’ouvrage Affluenza est une dissection accablante de la perversion des valeurs de



En images

– Sur le thème de la souffrance au travail, voir le documentaire de Jean-Michel Carré J’ai très mal au travail (sorti en salles le 31 octobre 2007). – Pour une critique du travail, voir la trilogie de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe Qui dit mieux ? (sorti en salles en décembre 2007), Volem rien foutre al pa?s et Attention Danger travail (www.rienfoutre.org).

l’hyperconsommation. Les adeptes de la simplicité volontaire, assurent les auteurs, forment une force sociale puissante mais très méconnue, en butte à la culture de la consommation frénétique. Selon une étude de 2002 citée dans l’ouvrage, 23 % des adultes australiens ont “décéléré” d’une fa?on ou d’une autre au cours des dix années précédentes. Et Clive Hamilton estime que ce chiffre est en progression. Souvent, le choix de lever le pied part de considérations pratiques, mais le réexamen critique qu’il entra?ne conduit aussi à une prise de conscience écologique. Ce fut le cas pour Bevan Woodward et son épouse, Gera. Quand ils se sont rencontrés, ils étaient tous deux en train de revoir leur fa?on de vivre pour être en phase avec leurs nouvelles valeurs. Bevan a quitté son emploi de directeur commercial il y a dix ans après s’être rendu compte qu’il était profondément malheureux et qu’une Harley Davidson ou une énième chemise à 300 dollars n’y changerait rien. Gera, qui gagnait autrefois jusqu’à 100 000 dollars par an dans le marketing, a vu ses valeurs changer après la naissance de son fils Jerome. Elle travaille aujourd’hui pour Plunket, une société néo-zélandaise de soins de santé pour les enfants. Bevan, de son c?té, est devenu fou de vélo. Il dirige désormais un groupe de défense des intérêts des cyclistes et mène des actions de sensibilisation pour des organismes écologistes et sociaux, pour un salaire bien loin de ce qu’il gagnait auparavant. Le couple projette par ailleurs de s’installer dans un écovillage. Le bien-être, que ce soit au sens moral ou en tant que plaisir, voilà ce qui a conduit Niki Harre et son mari, Keith Thomas, à la décroissance dans leur vie de famille. Keith, qui travaillait comme artiste, s’est lancé dans la plan-

tation et l’entretien de potagers et de vergers dans la région d’Auckland. Niki, qui est la s?ur de la femme politique aujourd’hui retirée Leila Harre, est psychologue à l’université d’Auckland. Tous deux tiennent compte des répercussions sociales et écologiques de tout ce qu’ils consomment, et cela se traduit par une décroissance progressive. “Il suffit de lire un article sur les méfaits des verres en plastique et vous ne pouvez plus vous en servir, explique Keith Thomas. Cela finit par faire partie de ce que vous êtes.” Niki précise : “Bien s?r, on fait des entorses, mais on les regrette. Cela nous est désagréable.”
LEUR BUT ? REDONNER UN SENS AU “VIVRE ENSEMBLE”

Avoir un comportement respectueux de l’environnement n’est ni difficile ni pénible, assurent-ils. “A certains égards, c’est plus compliqué du point de vue pratique, il faut évaluer tout ce qu’on fait, reconna?t Niki Harre. Mais ce mode de vie a ceci de beaucoup plus simple que vous vous appuyez sur un cadre solide pour déterminer tout ce que vous faites. Cela clarifie tout.” En 1981, Duane Elgin créa l’expression “simplicité volontaire” pour définir la démarche des individus voulant vivre mieux avec moins, consommer de fa?on responsable et faire l’examen de leur vie pour déterminer ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Loin d’être un renoncement au matérialisme, une vision romantique de la pauvreté ou même une privation auto-infligée, la philosophie de la simplicité volontaire consiste à vivre selon ses moyens et ses valeurs. Et cette volonté de simplicité, assurent ses partisans, commence à se manifester dans la culture populaire : en témoignent la mode architecturale des lignes modernes claires ou ces “consultants” que l’on

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La frugalité, salut de notre ?me
Fondé sur la consommation à outrance et sur l’insécurité, notre système économique détruit l’environnement. Et nous éloigne de nos vrais besoins.

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paie pour venir désencombrer sa maison. On note également que les jeunes gens d’une vingtaine d’années appliquent la simplicité volontaire avant même d’être entrés en surchauffe. Michelle Boag, qui dirige PR People, une agence qui recrute des chargés de relations publiques, est étonnée par le nombre de personnes ayant la vingtaine ou la trentaine qui refusent de trimer pour monter dans la hiérarchie, cherchant plut?t un bon salaire pour 30 heures de travail hebdomadaire. Niki Harre et Keith Thomas ont intensifié progressivement leurs pratiques écologiques : consommation d’?ufs de poules élevées en plein air, passage de deux voitures à une seule, vélo pour aller au travail, résistance à la tentation de tout faire rénover. Derrière la maison, le potager de Keith est verdoyant. “On a l’air plut?t barrés, mais en fait on est tout à fait normaux”, plaisante Niki. Les deux plus jeunes enfants de Niki et de Keith vont à l’école à vélo ; tous deux ont été renversés par des voitures sortant d’une allée, mais ils s’en sont sortis avec quelques égratignures. La plupart du temps, Niki parcourt elle aussi à bicyclette les 6 kilomètres qui la séparent de son lieu de travail, en ville. La famille est membre du SALT, sigle de Slower And Less Traffic [Une circulation plus lente et moins dense], une association de quartier qui compte plus de 200 membres. Leur but ? Redonner un sens au “vivre ensemble” tout en améliorant la sécurité dans la rue. Niki Harre et Keith Thomas se refusent par ailleurs à conduire leurs enfants à l’autre bout de la région pour leurs activités extrascolaires, comme ce voisin qui a fait 55 kilomètres en voiture pour emmener son fils de 11 ans à son match de foot. Nicola Shepheard

▲ Un temple de la consommation forcée : un supermarché Coop à Milan.

?Dessin de Forges paru dans El País, Madrid.

n 2006, chaque citoyen britannique a produit 9,6 tonnes de CO2, un chiffre qui devra être ramené à moins de 3 tonnes d’ici à 2050. C’est le minimum non négociable sur lequel s’accordent la plupart des économistes et des spécialistes de l’environnement. Ce qui fait débat est de savoir si cela signifie qu’il faudra consommer moins ou simplement consommer différemment ? En d’autres termes, devrons-nous renoncer à notre confort au nom du développement durable ou bien pourra-t-on continuer à vivre de la même fa?on gr?ce à la magie de la technologie ? La politique environnementale du gouvernement repose exclusivement sur le développement de technologies propres. Pourtant, ces dernières années, les progrès en matière d’efficacité énergétique n’ont fait qu’accro?tre les aspirations des consommateurs. L’innovation fait certes partie de la solution, mais elle n’est pas suffisante. On a raison de parler de “magie” de la technologie : le gouvernement se fonde sur une croyance irrationnelle. Notre système politique repose sur la croissance économique telle qu’elle est mesurée par le produit intérieur brut, qui ne dépend que de l’augmentation des dépenses de consommation. La croissance économique est nécessaire pour payer le service de la dette, ainsi que l’Etat-providence. Si les gens arrêtaient de consommer, l’économie finirait par s’effondrer. La publicité et le marketing, deux secteurs prépondérants de notre économie, ont pour unique objectif de veiller à ce que nous continuions à consommer et que nos enfants suivent notre exemple. Ce système économique, avec son co?t exorbitant pour l’environnement, est pourtant profondément malade. Le graphique du psychologue américain Tim Kasser en est la meilleure illustration. La courbe représentant le revenu par habitant est en constante augmentation sur les quarante dernières années ; tandis que celle illustrant le nombre de personnes se disant “très heureuses” reste stable sur toute la période. L’écart entre les deux courbes ne cesse de s’agrandir. Le graphique de Kasser est à la fois source d’espoir et d’inquiétude. La bonne nouvelle est qu’un faible niveau de consommation n’est pas forcément synonyme de malheur. Mais, d’un autre c?té, il est particulièrement inquiétant de voir que nous continuons à consommer alors que cela ne nous rend pas plus heureux. Selon Kasser, notre hyperconsommation est une réponse à l’insécurité, c’est un mécanisme d’adaptation destructeur. Au cours des dernières décennies,

les sources d’insécurité se sont multipliées. Outre les classiques manipulations des publicitaires, les économies de marché hautement compétitives génèrent de nouvelles sources d’anxiété allant des questions identitaires (Quelle est ma place dans cette société ?) aux interrogations fondamentales (Qui prendra soin de moi quand je serai vieux ?). Le lien entre matérialisme et insécurité permet d’expliquer pourquoi des pays aussi différents que les Etats-Unis et la Chine présentent un tel niveau de matérialisme. L’insécurité y est endémique. Le génie de ce système fondé sur l’insécurité est qu’il est autoalimenté. Plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; et plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Kasser a démontré que les valeurs matérialistes (en augmentation chez les adolescents des deux c?tés de l’Atlantique) engendrent de l’angoisse, nous rendent plus sujets à la dépression et moins coopératifs. Des études ont montré que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’un épanouissement durable – construire des relations solides, s’accepter tel qu’on est, appartenir à une communauté –, mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforce de les en détourner dans le seul but de les faire travailler plus et dépenser plus. Changer cet ordre des choses ne sera pas une mince affaire, et la transition vers une économie de faible consommation devra se faire en douceur. Le problème est que ce bouleversement pourrait avoir des effets pervers – c’est la crainte de Kasser. Une réduction de la consommation pourrait se traduire par une instabilité économique et une insécurité accrues. Sans compter que le réchauffement climatique est lui aussi source d’anxiété. Le risque est de renforcer notre fièvre d’hyperconsommation. Un scénario plus optimiste n’est pas exclu pour autant. Nos sociétés pourraient adopter un mode de consommation modéré, orienté vers la satisfaction des véritables besoins humains. La plupar t d’entre nous reconnaissent confusément que d’énormes changements de mode de vie s’imposent, mais nous attendons que quelqu’un d’autre fasse le premier pas. Dans son ouvrage intitulé Ecological Debt [publié en juin 2005], Andrew Simms a démontré le r?le crucial du gouvernement. Au début des années 1940, le gouvernement britannique est parvenu à réduire considérablement la consommation du pays, non pas en comptant sur la bonne volonté de ses habitants mais en orchestrant une vaste campagne de propagande combinée à un système de rationnement et de taxation des produits de luxe. Voilà exactement ce que nous devrons faire au XXIe siècle, ce qu’aucun grand parti politique n’ose encore reconna?tre.
Madeleine Bunting, The Guardian (extraits), Londres

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La simplicité volontaire, mode d’emploi
Consommer moins pour travailler moins et vivre mieux. Le Suédois J?rgen Larsson s’est inspiré pour cela du mouvement né aux Etats-Unis.

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SVENSKA DAGBLADET (extraits)

Stockholm

otre rythme de vie s’emballe. Il faut travailler plus pour pouvoir consommer toujours plus. Mais certains sont las du stress quotidien et de cette fièvre acheteuse. Ils ont décidé d’agir. Aux EtatsUnis, on les appelle les “adeptes de la décroissance” [downshifters]. Des individus qui ont choisi de marquer une pause dans la course folle qu’était devenue leur vie et qui sont prêts à échanger l’argent contre le temps. En Suède, J?rgen Larsson, chercheur et père de deux enfants, fait partie des gens qui ont embrassé cette conception de la vie. C’est à la fin des années 1990 qu’il entend parler du concept de “downshifting”, également appelé “simplicité volontaire”. A première vue, sa vie est sans nuages. Il est marié, possède une belle maison et travaille dans une société de conseil qui développe et applique des stratégies environnementales pour les entreprises. “C’était un métier utile et motivant. Mais j’en avais assez, la cadence de travail était trop soutenue, les journées trop longues. Ce n’était pas ainsi que je voulais vivre ma vie. L ’idée de troquer de l’argent contre du temps m’a séduit.” Il ne s’agit pas de dire adieu au monde du travail, mais plut?t de commencer par faire des semaines de trente heures au lieu de quarante. La perte de revenus est compensée par une vie plus modeste et un mode de consommation revu à la baisse – une autre idée-force du mouvement. Acheter une grande maison avec quelques amis. Faire du covoiturage. Pour fêter un événement, organiser un repas où chacun apporte un plat, au lieu d’aller au restaurant. Telles sont les recommandations des tenants de la simplicité volontaire. Le fait que le mouvement encourage un mode de vie plus respectueux de l’environnement a également plu à J?rgen Larsson. Celui-ci prend toutefois soin de souligner qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle variante de la vague écologique qui pr?ne le retour à la terre et l’autosuffisance. Au contraire. Les adeptes du mouvement voient toute une série d’avantages à la vie en ville : on ne perd pas son temps dans les transports, on prend moins sa voiture et on s’épargne le chauffage d’une grande maison à la campagne, souvent onéreux et très consommateur d’énergie. Pour un grand nombre de personnes, l’argumentaire a de quoi séduire : plus de temps et une meilleure conscience. Reste que le passage à l’acte est une autre paire de manches. Mais, après avoir suivi un cycle de cours sur la simplicité volontaire, J?rgen Larsson était prêt à se lancer sérieusement dans l’aventure. “Mon équipe m’a

donné deux ans pour essayer de réduire mon temps de travail de cinquante à trente heures par semaine. Ce n’est que lorsque j’ai su résister à l’envie de participer à tous les groupes de travail et de mettre mon grain de sel partout que j’y suis arrivé.” Aux Etats-Unis, beaucoup d’adeptes de la simplicité volontaire ont constaté que leur entourage manifestait de l’indifférence ou du scepticisme à l’égard de leur nouveau mode de vie. L’un d’eux a même d? feindre d’avoir un second travail pour échapper aux questions de ceux qui s’étonnaient de le voir rentrer chez lui si t?t. “Les autres associés de la bo?te ont trouvé cela un peu pénible, j’endossais moins de responsabilités et je ne prenais plus part aux réunions du comité directeur. Ils ont fini par l’accepter lorsqu’ils ont compris que c’était cela ou ma démission. Mais il faut dire qu’en tant qu’associé j’avais un poste très privilégié”, explique J?rgen Larsson. Plusieurs années se sont écoulées depuis. Il consacre aujourd’hui ses après-midi et ses soirées à s’occuper de ses enfants, à avoir de longues discussions avec son épouse ou à voir des amis. Le week-end, il fait de la voile ou bricole. “Je suis conscient que tout ?a semble rose et idyllique, mais ce sont les choses auxquelles j’aime vraiment consacrer mon temps. ” Pour autant, J?rgen ne cache pas que lui et les autres adeptes de la simplicité volontaire en paient le prix. Réduire son temps de travail est co?teux. Tant sur le plan financier que sur le plan professionnel. “Pour les employeurs, il est plus intéressant de miser sur des gens qui ont le travail pour seul objectif. Et cela me

? Dessin de Krauze paru dans The Guardian, Londres.

para?t normal. En revanche, il est faux de dire qu’une personne qui travaille moins de quarante heures est moins impliquée dans son travail. Au contraire, ces gens-là sont souvent plus efficaces, car ils sont reposés en arrivant.” J?rgen ne ressent pas l’absence de perspectives professionnelles comme un sacrifice. Ses ambitions sont ailleurs, explique-t-il. Il s’agit plut?t d’avoir une influence sur le monde. D’ailleurs, il a entamé une nouvelle carrière. Après avoir travaillé quelques années comme consultant à temps partiel, J?rgen a demandé son congé pour commencer un travail de recherche à la faculté de sociologie de l’université de G?teborg [deuxième ville de Suède, située dans le sud-ouest du pays]. D’ici deux ou trois ans, il devrait avoir terminé sa thèse de doctorat, consacrée au stress dans les familles. Le plus dur a été la perte de revenus. Certes, J?rgen et sa famille vivent modestement, sur l’?le de Br?nn?, dans l’archipel de G?teborg. Mais son épouse et lui ont fait le choix d’élever leurs deux enfants à la maison le plus longtemps possible. Pendant deux ans, ils ont eu droit à l’allocation parentale, mais, avec un seul salaire, se serrer la ceinture ne suffisait plus, et ils ont d? prendre un petit crédit pour tenir trois années supplémentaires. “Bien s?r, ce n’est pas très agréable de devoir emprunter pour les dépenses courantes. Ce n’est pas à cela que servent les crédits, d’habitude. En même temps, cela ne nous pose pas vraiment de problème. Quand nous aurons tous les deux repris le travail, nous n’aurons aucun mal à rembourser les intérêts”, commente J?rgen Larsson. “Ici, en Suède, on trouve de petits ?lots d’adeptes de la décroissance. Mais cela dépend bien s?r de la définition qu’on en donne. Dans un sens, on pourrait dire que toute la Suède est dans la décroissance. Nous bénéficions d’un système de congé parental développé, du droit inscrit dans la loi de réduire son temps de travail quand les enfants sont petits et de la possibilité de prendre une année sabbatique*. ” Anna Lagerblad
* Peu après la parution de cet article, en octobre 2006, le congé d’année sabbatique, con?u pour réduire le ch?mage de longue durée, a été supprimé par l’alliance de droite arrivée au pouvoir.

Polémique en Suède
eux semaines avant No?l, le patronat suédois a lancé une campagne de publicité par pages entières dans les grands journaux pour convaincre les Suédois des bienfaits du commerce et répondre à ceux qui critiquent de plus en plus la consommation. Présentée sous forme de contes de fées, la campagne met notamment en scène une ménagère boycottant les courses de No?l, ce qui a pour conséquence de faire perdre son emploi à un ouvrier pauvre à l’autre bout du monde. D’autres contes critiquent le droit du travail. La réaction a été massive dans la presse. Une chronique du quotidien Dagens Nyheter a rappelé sur un ton moqueur les effets négatifs de l’hyperconsommation sur l’environnement et sur les pays en développement. Et un éditorial du quotidien Expressen demandait comment le shopping pourrait nous rendre vraiment heureux, soulignant qu’il est trop tard pour couvrir le Sahara de panneaux solaires et qu’il faut d’urgence économiser et consommer moins. Et Tove Lifvendahl, responsable de la campagne, de répondre dans le Dagens Nyheter que c’est par notre consommation que les entreprises auront précisément les moyens de développer les techniques pour sauver l?environnement.

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TRAVAILLER MOINS POUR VIVRE MIEUX


Travailler le week-end ? Danger !
La pression monte en Allemagne pour favoriser la flexibilité du travail. Pourtant, nombre de salariés voudraient retrouver leurs dimanches.

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DIE ZEIT (extraits)

Hambourg

ans un petit centre nautique situé près de ma ville natale s’est ouvert, il y a quelques mois, un immense supermarché tout neuf qui, selon les dérogations prévues pour les lieux de vacances par la loi sur les heures d’ouverture des magasins du Schleswig-Holstein [Land du Nord situé entre la mer du Nord et la Baltique], est autorisé à ouvrir le dimanche. Comme je me suis toujours parfaitement débrouillée sans faire de courses le dimanche, j’ai jeté un coup d’?il sur cette grande surface par pure curiosité. Mais, un jour, je me suis retrouvée à court de pain de mie et de lait. Je suis donc allée faire mes achats, toute contente. L’expérience avait quelque chose d’inhabituel, un c?té vacances. Les vendeuses étaient soit sincèrement joyeuses, soit obligées de le para?tre, au moins au début… et à la stationservice il n’y avait que du lait écrémé et pas le pain de mie que je cherchais. Mais avec cette petite expédition, je venais de mettre le doigt dans l’engrenage. Quand on sait qu’on peut tout trouver le dimanche, on ne peut plus s’en passer. Personne ne le peut et c’est pourquoi le nouveau supermarché est désormais plus bondé le dimanche que le samedi. Les gens de toute la région viennent y faire leurs courses pour la semaine et les caissières ont désormais l’air de personnes qui travaillent le week-end un peu plus souvent qu’elles ne le souhaiteraient. Un gain de liberté ? Peut-être… Pour certains. Mais il a assurément un prix. Le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche, ainsi que toute la question des horaires d’ouverture des magasins en Allemagne, constitue un exemple particulièrement frappant de la fa?on dont la structure du temps de notre société se modifie. Nous sommes désormais prêts vingt-quatre heures sur vingt-quatre à consommer, à utiliser des services, à demander toutes sortes de divertissements ou d’informations, et nous revendiquons ce droit. Les choses sont différentes quand c’est nous qui devons travailler à des heures dérangeantes. C’est pourtant ce que doivent faire plus de la moitié des quelque 40 millions d’actifs de la République fédérale. Selon une étude de l’Institut d’économie et de sociologie de la Fondation Hans B?ckler (WSI), 51 % des gens travaillent aujourd’hui en soirée, de nuit ou le week-end (contre 38 % en 1994). Et 28 % des actifs – soit 10,5 millions de personnes – vont “régulièrement” ou “parfois” au travail le dimanche. A titre de comparaison, 1,3 million de fidèles se rendent au culte protestant ce jourlà. Les Eglises ont intenté un recours en anticonstitutionalité contre la réglementation particulièrement libérale de la ville de Berlin en matière d’horaires d’ouverture des magasins. Le samedi ch?mé (que les syndicats défendent avec nettement moins d’acharnement que

l’Eglise ne défend le dimanche) subit une pression encore plus forte et est bien parti pour redevenir un jour de travail normal – il n’est pas protégé par la Loi fondamentale [Constitution allemande] comme le dimanche. Les partisans de la flexibilisation des horaires de travail, et en particulier des heures d’ouverture des magasins, invoquent depuis des années la volonté des citoyens. Certains se félicitent peutêtre de la dérégulation – mais rien n’indique de fa?on statistiquement probante qu’ils renoncent eux-mêmes à leur week-end ch?mé. Les études réalisées par le WSI montrent que les deux tiers de ceux qui doivent effectuer ce travail “atypique” préféreraient le réduire, voire renoncer à

Dimanche menacé en France
n amendement au projet de loi sur la consommation, voté le 20 décembre, autorise l’ouverture le dimanche “des établissements de commerce de détail d’ameublement”. Ce texte controversé, y compris au sein de la majorité, est per?u comme une provocation par les syndicats, alors que le travail dominical est l’un des sujets que les partenaires sociaux devront examiner début 2008. Pour l’instant, le maire (ou le préfet à Paris) peut autoriser le travail des salariés du commerce de détail d’une branche cinq dimanches par an. Les salariés bénéficient alors d’un repos compensateur et du doublement de leur salaire. Le préfet peut aussi, à la demande du conseil municipal, accorder des dérogations temporaires et individuelles dans une zone touristique. Quant aux commerces qui n’emploient pas de salariés, ils font comme bon leur semble. Selon un sondage IFOP pour le Journal du Dimanche, 53 % des personnes interrogées ne voudraient pas travailler le dimanche. Sans doute préfèrent-elles faire leurs courses ce jour-là : 51 % des Fran?ais sont favorables à l’ouverture dominicale des magasins, affirme un sondage CSA pour Le Parisien.

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travailler le dimanche malgré le supplément de salaire qu’ils per?oivent. Selon une étude de l’Union européenne (UE) publiée récemment, le travail du dimanche fait grimper le taux d’absentéisme pour maladie, accro?t la rotation du personnel et fait considérablement baisser la motivation dans l’entreprise. Hartmut Seifert, spécialiste de ces questions au WSI, résume clairement le dilemme auquel s’expose le salariéconsommateur : on refuse peut-être de travailler la nuit et le dimanche, “mais les services proposés à ces périodes sont très appréciés”. Le système du samedi et du dimanche ouvrés produit une perception décalée du “temps social”, que certains sociologues considèrent comme un réel danger, pour l’individu comme pour la collectivité. Seule la culture collective du week-end – par opposition au week-end radicalement individualisé – peut, selon Seifert, protéger les salariés contre la tendance des employeurs à vouloir qu’ils soient toujours à disposition. Seul le weekend collectif libère du “comportement de continuité permanente” – continuer à faire le ménage, à téléphoner, à vivre dans le stress. “Le fait que le travail s’arrête collectivement légitime le comportement social de l’individu, sa relation sociale au week-end. Si ” tout le monde le fait, c’est très bien de sortir voir ses amis au lieu de bosser. Les jours de récupération en semaine sont donc peu appréciés. Un pays à la structure hebdomadaire nivelée, une société désynchronisée mettent à long terme l’engagement politique et social de ses citoyens en péril. Ce qui, pour être cynique, arrange parfaitement aussi bien ceux qui exploitent la force de travail de l’individu que ceux qui exploitent sa force de consommation. Car l’industrie des loisirs ne s’est pas fixé pour objectif l’éveil et l’émancipation de ses clients. Ces derniers ne sont pas censés se demander pourquoi ils doivent absolument acheter le tout nouvel écran plat ou la dernière PlayStation. Ni si c’est vraiment agréable de faire la queue avec huit cents personnes devant le grand-huit pendant leur précieux week-end. Ils doivent juste le faire. Et payer. Et ils le font. Et nous le faisons. Le salarié qui a travaillé toute la semaine recherche des compensations le week-end – ironie du sort, avec des offres de loisirs qui ressemblent de plus en plus à sa journée de travail. Le panneau “24/7”, l’impératif de la disponibilité permanente, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, promet de plus en plus de loisirs, qui ne procurent toutefois pas toujours de satisfaction – et reflète ainsi la culture de la continuité qui imprègne la vie économique. Les Tropical Islands constituent le parfait exemple de loisirs vingt-quatre heures sur vingtquatre [voir CI n° 747, du 24 février 2005]. Dans le Brandebourg, à environ une heure de Berlin, on propose aujourd’hui “des vacances avec l’illusion du soleil des tropiques”, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, trois cent soixante-cinq jours par an. Un million de visiteurs s’y pressent durant toute l’année. Apparemment, la solitude, la contemplation, la tranquillité, le ralentissement, le retour à la nature ne sont pas au programme de notre société. Il nous reste le choix entre le travail, toujours et partout, et les loisirs, emballés et étiquetés. Susanne Gaschke

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Le repos sabbatique, c’est écolo
Si les juifs, les musulmans et les chrétiens cessaient toute activité un jour par semaine, ils pollueraient d’autant moins.

l’heure actuelle, les dirigeants religieux se convertissent à l’écologie, mais ils ont négligé l’un des enseignements judéo-chrétiens qui per mettrait pourtant de réduire la consommation d’énergie et la pollution de 14,2857 %. Ce chiffre correspond à un septième – comme le sabbat, ce jour de la semaine où toute activité s’arrête. Cette journée de repos – longtemps considérée comme un don de Dieu – est censée offrir un répit joyeux et libérateur dans le travail ou la consommation, deux activités bassement matérielles qui, l’une comme l’autre, puisent dans les ressources de la planète. Dès lors, remettre le sabbat à l’honneur serait aussi un bienfait pour l’air, la terre et l’eau, que nous consommons les six autres jours de la semaine. “Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage”, avait dit Yahvé aux juifs sur le mont Sina?. “Mais le septième jour est celui du repos du Seigneur, ton Dieu ; et tu ne feras aucun ouvrage ce jour. Les juifs ont interprété le quatrième com” mandement comme une injonction à ne pas travailler le dimanche, ou bien le samedi, car Dieu aurait créé le monde en six jours avant de se reposer. Alors, ils laissent la nature en repos durant toute une journée. Il est même interdit de faire du feu, si bien que beaucoup de juifs, le plus souvent orthodoxes, ne prennent pas le volant le jour du sabbat, car qui dit conduite dit combustion, et se débrouillent pour résider à proximité de leur synagogue. Toujours dans le même esprit,
▼ Dessin de Frits Müller paru dans NRC Handelsblad, Rotterdam.

A

THE CHRISTIAN SCIENCE MONITOR

Boston

A lire en fran?ais

F

olle utopie pour les uns, alternative plausible pour les autres, en France l’idée de décroissance divise profondément économistes et philosophes, jusqu’à la gauche altermondialiste. Mais, au-delà des différentes écoles, ce concept aux frontières floues rassemble tous ceux qui contestent l’injonction de la croissance économique. Parmi les différents “pères” de la décroissance en France, on peut citer, entre autres, le sociologue et philosophe Jean Baudrillard, décédé en 2007 (La Société de consommation, 1970), le philosophe et écrivain André Gorz, pionnier de l’écologie politique et également décédé en 2007 (Ecologie et politique, 1975), ou encore l’économiste Serge Latouche (Le Pari de la décroissance, 2006). ? Sur l’actualité de la décroissance : <www.decroissance.org> ? La Décroissance, “mensuel des objecteurs de croissance”, Les Casseurs de pub, <http://www.ladecroissance.net/>.

Yahvé demanda à son peuple de laisser ses terres en jachère durant l’année sabbatique. Quant aux premiers chrétiens, pour le repos hebdomadaire, ils ont choisi le dimanche, jour où Jésus est ressuscité. Tout comme les juifs, certains chrétiens le considèrent comme un jour sacré et, traditionnellement, évitent toute activité qui puisse les détourner de sa nature divine, tels le travail, les affaires ou le shopping. Et, même si leur obligation première est d’assister à la messe, ils ont repris l’idée de repos et de joie qui est au c?ur du sabbat. Pour les musulmans, c’est le vendredi qui est saint. Cette “journée de rassemblement”, la juma, n’est pas sanctifiée par le repos, car Dieu n’a pas besoin de se reposer. Dans le Coran, Allah s’adresse aux musulmans et leur demande d’effectuer leur prière du midi, mais ils peuvent ensuite retourner travailler. Le vendredi est toutefois un jour de repos dans de nombreux pays islamiques, et les musulmans considèrent que

la juma doit être réservée à la charité, à la famille et à des joies simples. Chacune de ces religions encourage donc ses fidèles à tout arrêter un jour par semaine. Beaucoup de non-croyants prennent aussi un repos hebdomadaire. Si nous réduisions tous nos activités, et donc notre consommation énergétique d’un septième, la pollution en serait réduite d’autant. Nous devrions éviter les loisirs très gourmands en énergie, ce qui signifierait peut-être se priver de longs trajets en voiture ou des marathons pour aller au cinéma. Et, même si certains services doivent rester assurés ce jour-là – médecine, police… –, ce serait extrêmement bénéfique pour l’environnement. Les responsables religieux se sont ralliés à la lutte contre le réchauffement climatique, car ils veulent préserver la Création. Mais, dans leur souci d’encourager la baisse de la consommation et le recyclage, ils ont négligé le potentiel d’un arrêt de l’activité pendant toute une journée. L’Evangelical Climate Initiative (ECI), créée en 2006 par 86 leaders religieux, appelle à une action internationale, mais invite aussi directement les fidèles à vérifier que les pneus de leurs voitures soient bien gonflés, à marcher ou à faire du vélo. Pourquoi ne pas invoquer le sabbat et suggérer aux fidèles d’habiter près de leur église et de respecter le caractère sacré du dimanche en ne faisant pas les boutiques ou en ne travaillant pas ? Ils pourraient ainsi se passer totalement de leur voiture un jour par semaine. Dans le cadre d’une opération nationale, aux Etats-Unis, des centaines de synagogues installent des ampoules à basse consommation. C’est un bon début, mais, selon la tradition, les juifs ne doivent pas allumer l’électricité le jour de sabbat, ce qui est encore plus écologique. De son c?té, l’Eglise anglicane a lancé une campagne baptisée “Réduire l’empreinte écologique”, qui préconise elle aussi le remplacement des ampoules traditionnelles et invite à éteindre les photocopieuses des locaux paroissiaux la nuit. Ce ne serait pas un bien grand effort, quand on sait qu’il y a cent ans, le dimanche, toutes les activités s’arrêtaient, tant sur les quais que dans les usines. Le réchauffement climatique a rassemblé les grands monothéismes, malgré leurs nombreuses divergences. En septembre dernier, des dirigeants juifs, chrétiens, musulmans et d’autres religions venus de tous les pays se sont réunis une nouvelle fois à l’occasion d’un symposium sur l’environnement, organisé cette fois au Groenland, notamment pour évoquer la fonte des glaciers. Ensemble, ils pourraient ?uvrer bien davantage pour la planète en faisant mieux respecter l’une des plus vieilles pratiques de leur tradition commune. Christopher D. Ringwald*
* Journaliste et spécialiste des religions, il a publié en 2006 A Day Apart : How Jews, Christians and Muslims Find Faith, Freedom and Joy on the sabbath (Un jour à part : comment les juifs, les chrétiens et les musulmans trouvent la foi, la liberté et la joie le jour du sabbat), éd. Kindle Book.

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Une année sans achats
Le mouvement Compact, qui compte 8 000 membres de par le monde, se propose de freiner la course à la surabondance.

Quand ma ville se passera du pétrole
emandez aux gens ce qu’ils feront quand le pétrole se fera rare et cher : ils détournent les yeux – ou vous fixent comme si vous étiez cinglé – ou bien sont persuadés que le gouvernement trouvera la solution. D’autres personnes n’ont pas attendu et savent déjà ce qu’elles comptent faire – pas seulement en cas de pic pétrolier, mais aussi face aux défis posés par le changement climatique. Kinsale, une ville [de 7 000 habitants] à l’ouest de Cork, en Irlande, a mis au point il y a quelques années un projet largement salué. Ce Plan d’action pour la descente énergétique, formulé par les étudiants en permaculture* de l’Ecole d’enseignement professionnel de Kinsale et par Rob Hopkins, leur professeur, est devenu un modèle pour les communautés cherchant à se protéger des effets du changement climatique. Le plan de Kinsale, soutenu par la municipalité, repose sur une stratégie à quinze ans pour répondre aux futurs problèmes d’approvisionnement en nourriture, énergie, intrants agricoles, matériaux de construction, et en tout ce qui était produit jadis localement mais ne l’est plus. D’ici à 2021, il devrait permettre à la ville d’avoir une économie dynamique et autosuffisante et d’avoir réduit de fa?on spectaculaire sa dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Cette volonté de s’affranchir du pétrole a inspiré le concept de “ville en transition”, dont Kinsale est le premier exemple au monde. Rob Hopkins, l’un de ses principaux promoteurs, s’est depuis installé à Totnes, dans le Devon [en Angleterre], qui est également devenu une ville en transition. Cette communauté s’est récemment dotée d’une monnaie parallèle, la livre de Totnes. Ces monnaies (qui sont parfois des unités de temps, et non des unités monétaires) ont une valeur au sein de l’économie locale et profitent aux travailleurs et aux petites entreprises du cru. Aujourd’hui, vingt et une villes dans le monde se sont officiellement déclarées en transition (essentiellement au Royaume-Uni), et plus d’une centaine d’autres songent sérieusement à sauter le pas (<www.transitiontown.org>).
Jane Power, The Irish Times, Dublin
* La culture de la permanence regroupe des principes et des pratiques visant à créer une production agricole soutenable, économe en énergie et respectueuse des êtres vivants.

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an Francisco, 1951. L’ar?me de g?teaux tout juste sortis du four se répand dans le salon. Les ma?tresses de maison du quartier passent de groupe en groupe, échangent des sourires en bavardant. On pourrait se croire dans n’importe quelle fête… Mais c’est une réunion Tupperware, et ces femmes sont là pour acheter. En appliquant une couche de couleurs pastel sur les années grises de la dépression et de la guerre, des produits comme Tupperware ont inauguré une ère de prospérité, de renouvellement et de surabondance. Pour des millions de personnes, les biens de consommation tels que télévision ou Cadillac devinrent beaucoup plus que nécessaires : ils furent l’essence de la vie elle-même. 2005. Un groupe d’amis vivant dans la baie de San Francisco se réunit autour d’un d?ner à la fortune du pot. Lassés de la course sans fin à la consommation, ils veulent pousser à l’extrême le concept de “buy nothing day” [journée sans achat] en passant une année entière sans rien acheter. S’inspirant du pacte signé par les colons du Mayflower à Plymouth Rock [en 1620], ils nomment leur groupe The Compact et s’engagent à limiter leurs courses aux denrées alimentaires, aux médicaments et aux produits d’hygiène de base, en achetant d’occasion lorsque c’est possible [ils recourent également au don et à l’échange]. A u j o u r d ’ h u i , ave c 8 0 0 0 m e m b r e s e t 55 branches dans le monde (dont l’Islande ou Singapour), Compact se retrouve à la pointe d’un mouvement de contestation de la culture de la consommation [la liste des blogs se trouve sur <http://sfcompact.blogspot.com>]. Les Compacters ne sont ni des extrémistes ni des révolutionnaires : des millions de personnes sur la planète vivent ainsi depuis des générations. Mais ils menacent et remettent en question tout ce que l’on avait fini par croire au sujet de “la belle vie” dans le monde industrialisé. Ce mouvement a entra?né des réactions passionnées, allant des applaudissements à l’indignation. Ses membres ont été traités de “fanfarons complaisants” qui “ruinent l’économie américaine”. Une Compacter de Chilliwack, au Canada, raconte que, lorsqu’elle a adhéré au groupe, ses amis ont réagi comme si elle avait rejoint une secte satanique. Que vous l’aimiez ou que vous le ha?ssiez, Compact vous amène à vous interroger sur les véritables raisons de vos achats quotidiens. Les motifs pour lesquels les gens rejoignent le mouvement Compact sont variés : certains cherchent à réduire leurs dépenses, d’autres leurs déchets, d’autres encore veulent échapper au matérialisme et opter pour des valeurs plus spirituelles. Cependant, tous s’accordent

S

ADBUSTERS (extraits)

Vancouver

? Dessin de Nick Downes, Etats-Unis.

à dire qu’acheter n’est pas la solution à leurs problèmes : au contraire, cela pourrait bien être la cause de nombre d’entre eux. “L’argent et les dettes semblent gouverner notre existence”, note Rúna Bj?rg Gartharsdóttir, membre de Compact en Islande. Elle a rejoint le mouvement pour briser ce qu’elle appelle le “cercle vicieux” de l’hyperconsommation : travailler trop pour dépenser plus ; la désintégration sociale due à cet excès de travail ; les conséquences du gaspillage sur l’environnement ; l’apparition de conflits pour contr?ler les ressources destinées à répondre à la demande… Bref, une myriade de problèmes reliés entre eux par le désir apparemment inoffensif de s’offrir un iPod ou une collection de voitures de luxe. Pour l’instant, la plupart des Compacters affirment que leur choix est strictement “personnel” et se défendent d’avoir un objectif politique. Mais ils continuent de susciter le mécontentement en tournant le dos à un idéal sacré, à la croyance partagée par des milliards d’individus que “plus” est mieux que “juste assez”. Les marchands espèrent que le mouvement restera marginal. Mais, selon des enquêtes menées récemment par la sociologue Juliet Schor, 81 % des Américains estiment que leur pays est trop centré sur la consommation et près de 90 % pensent qu’il est trop matérialiste. Quand on lui dit que son refus d’acheter pourrait ébranler l’économie de son pays, Rúna Bj?rg Gartharsdóttir est assez fière. “?a démontre à quel point les forces du marché influencent actuellement la nation, affirme-t-elle. Nous devrions contr?ler nos propres vies et établir nos priorités nous-mêmes. ” Jenny Uechi

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Cartoonists & Writers Syndicate

e n c o u ve r t u re

L’anticonsommation a son prophète
Déguisé en pasteur, l’acteur américain Bill Talen exhorte ses concitoyens à résister à la frénésie des achats. Avec un succès limité.
THE WASHINGTON POST (extraits)

Washington

A cette époque de l’année, le révérend Billy, de la Church of Stop Shopping [Eglise de l’anticonsommation], n’a pas la t?che facile. En ce Black Friday, le vendredi qui suit Thanksgiving et donne le coup d’envoi des achats de No?l – que le révérend Billy appelle la Journée sans achats –, il hurle son message dans un mégaphone, dès 6 heures du matin, devant les grands magasins Macy’s, dans Midtown Manhattan. “Arrêtez d’acheter !” exhorte-til. Sa voix résonne dans les rues sombres qui grouillent de silhouettes emmitouflées dans d’épais manteaux, les bras chargés de sacs. Certains s’arrêtent pour le dévisager. Et poursuivent leur chemin dans la bousculade. Le révérend Billy, alias Bill Talen, n’est pas un ministre du culte, ni même un chrétien pratiquant, mais un acteur. Il n’empêche, c’est un vrai croyant, qui espère prévenir l’“Achapocalypse” et sauver notre ?me, notre portefeuille, notre société et la planète. En tant que comédien et militant, il prêche contre la frénésie de consommation depuis 1997, quand il a commencé à porter la bonne parole devant le magasin Disney de Manhattan. Avec ses ouailles, il a exorcisé des caisses enregistreuses
▼ Dessin de Tiounine paru dans Kommersant, Moscou.

Mariez-vous, mais sans gaspi
as de limousine ni de demoiselles d’honneur en robe de satin. Pas même un bouquet. Et aucun cadeau. Pour leur mariage, au printemps dernier, Marie-Eve Plamondon et Jean-Frédéric Gagne ont organisé une fête qui leur ressemblait : plut?t écolo. Et, d’après The Gazette, ce couple n’est pas une exception à Montréal. De plus en plus de jeunes considèrent les noces traditionnelles comme un g?chis inutile. Le couple de Montréalais n’a invité qu’une vingtaine de personnes, dont il a organisé le covoiturage jusqu’au chalet qu’il avait loué en Gaspésie. Le d?ner, donné à l’auberge voisine, était préparé avec des produits bio d’origine locale, dont du caribou. “Nous n’aimons pas la surconsommation, explique Marie-Eve Plamondon. Dans ma famille, il y a beaucoup de grands mariages. Mais être au milieu de la nature avec ceux que nous aimons, c’est davantage notre style.”

P

et conduit diverses interventions dans les magasins. Il a été arrêté des dizaines de fois. Il a été interdit de séjour dans tous les cafés Starbucks du monde en 2003 et sur les sites Disney en 2005. Morgan Spurlock, le réalisateur de Super Size Me, a produit What Would Jesus Buy [Ce que Jésus achèterait], un “docu-comédie” sur l’évangile selon Talen, actuellement diffusé dans quelques salles aux Etats-Unis. Dans ce pays marqué par une forte tradition de ministres du culte autoproclamés, Talen – coiffure blonde gonflante, col de prêtre sous un costume blanc, voix grondante et vibrante – incarne, à mi-chemin entre parodie et gravité, un bonimenteur diseur de vérité. Il fait également partie d’un mouvement opposé à la culture de la consommation. On

y trouve notamment le Freecycle Network, un magasin géant de troc sur Internet où tout est gratuit (<www.freecycle.org>) ; les Freegans, qui tentent de vivre uniquement des aliments qu’ils trouvent dans les poubelles ; ou encore No Impact Man, un habitant de Manhattan qui a survécu une année entière sans voiture ni électricité – et quasiment sans produits de grande consommation –, tout en relatant son expérience sur son blog <www.noimpactman.typepad.com>. Tout a commencé pour Talen lorsqu’il s’est installé à New York, dans les années 1990 : il a découvert une ville éclectique, inventive, nerveuse, qui se faisait envahir par les cha?nes de magasins. Les seules voix qui s’élevaient pour protester étant celles des prédicateurs de rue, il décida de les rejoindre. Il a regardé les acteurs et les imitateurs d’Elvis sur les cha?nes de télévision c?blées, lu les écrits de militants citadins comme Jane Jacobs [1916-2006, grande critique de l’urbanisme contemporain], écouté des sermons pentec?tistes et baptistes. Un pasteur lui a fait faire des exercices vocaux. Au fil des mois, explique-t-il, il a élaboré son message et acquis “ce genre d’aptitude à faire voguer une voyelle dans l’air : ce n’est pas vraiment chanter, ni simplement parler”. Depuis, il sillonne le pays, en compagnie de sa chorale Stop Shopping, montant des baraques de fortune où chacun peut venir confesser ses péchés d’achat, faire baptiser son bébé pour le protéger de la société de consommation, se marier et même célébrer des funérailles. “On en est arrivé au point où, pour avoir vécu, il faut acheter quelque chose”, explique-t-il. Dans les milieux chrétiens, les réactions sont mitigées. “Oui, c’est un peu condescendant”, commente Brett McCracken, dans la revue Christianity Today. “Et cela déprécie le christianisme.” Mais le discours du révérend Billy consiste justement à dire que “notre matérialisme l’a déjà rabaissée”. Le spécialiste de la Bible Walter Brueggemann estime de son c?té, dans le numéro de décembre du magazine Sojourners, que le révérend Billy “s’inscrit dans la continuité des anciens prophètes d’Isra?l et des grandes figures prophétiques de l’histoire des EtatsUnis, qui n’ont cessé d’appeler notre société à renouer avec la passion fondamentale de l’homme pour la justice et la compassion”. Ces commentaires flatteurs n’ont pas été d’un grand secours pour le révérend en ce jour saint pour son Eglise, la Journée sans achats. Il a beau prier et prêcher à en perdre la voix, depuis le lever du jour, il n’a pas fait un seul converti. “?a se bouscule, ?a se bouscule”, maugrée-t-il. Alors que sa chorale défile sur Broadway, les passants dansent au rythme de la musique, proclament que le révérend Billy est un homme de Dieu et s’accordent avec lui sur les ravages de l’hyperconsommation. “Ce qu’il dit est vrai !” convient Abraham Riera, un dentiste de 38 ans venu du Honduras en touriste. “Mais nous aimons acheter”, ajoute-t-il avant de s’engouffrer dans le magasin de jouets Toys ‘R’ Us. Robin Shulman

AFP/Sipa

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Seule une bonne récession nous sauverait
Dans les pays riches, la croissance est un sédatif politique qui étouffe toute contestation, explique le chroniqueur écolo George Monbiot.
THE GUARDIAN (extraits)

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Londres

i vous êtes sensible, je vous conseille de tourner la page. Je m’apprête à briser le dernier tabou universel ; j’espère que la récession prédite par certains économistes se matérialisera. Je reconnais que la récession est quelque chose de douloureux. Comme tout le monde, je suis conscient qu’elle ferait perdre à certains leurs emplois et leurs logements. Je ne nie pas ces conséquences ni les souffrances qu’elles infligent, mais je rétorquerai qu’elles sont le produit parfaitement évitable d’une économie con?ue pour maximiser la croissance, et non le bien-être. Ce dont j’aimerais vous faire prendre conscience est bien moins souvent évoqué : c’est que, au-delà d’un certain point, la souffrance est également le fruit de la croissance économique. Le changement climatique ne provoque pas seulement un déclin du bien-être : passé une certaine limite, il le fait dispara?tre. En d’autres termes, il menace la vie de centaines de millions de personnes. Quels que soient leurs efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les gouvernements se heurtent à la croissance économique. Si la consommation d’énergie s’accro?t moins vite à mesure qu’une économie arrive à maturité, aucun pays n’a encore réussi à la réduire tout en augmentant son produit intérieur brut. Au Royaume-Uni, les émissions de dioxyde de carbone sont plus élevées qu’en 1997, en raison notamment des soixante trimestres de croissance consécutifs dont ne cesse de se vanter [le Premier ministre] Gordon Brown. Une récession dans les pays riches représenterait sans doute le seul espoir de gagner du temps afin d’empêcher le changement climatique de devenir incontr?lable. L’énorme amélioration du bien-être des humains dans tous les domaines – logement, nutrition, hygiène, médecine – depuis deux cents ans a été rendue possible par la croissance économique, ainsi que par l’éducation, la consommation, l’innovation et le pouvoir politique qu’elle a permis. Mais jusqu’où doitelle aller ? Autrement dit, à quel moment les gouvernements décident-ils que les co?ts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? La plupart n’ont pas de réponse à cette question. La croissance doit se poursuivre, pour le meilleur et pour le pire. Il me semble que, dans les pays riches, nous avons d’ores et déjà atteint le point où il faut logiquement s’arrêter. Je vis actuellement dans l’un des endroits les plus pauvres du Royaume-Uni. Ici, les adolescents dépensent beaucoup d’argent chez le coiffeur, ils s’habillent à la dernière mode et sont équipés d’un téléphone portable. La plupart de ceux qui sont en ?ge de conduire possèdent une voiture, qu’ils utilisent tout le temps

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Nos photos

La série des “objets provisoires” est due au photographe berlinois Thomas Meyer.

et bousillent en quelques semaines. Leur budget essence doit être astronomique. Ils sont libérés de la terrible pauvreté dont ont souffert leurs grands-parents ; nous devrions nous en féliciter et ne jamais l’oublier. Mais, à une exception majeure – le logement, dont le prix est surévalué –, qui osera prétendre qu’il est impossible de satisfaire les besoins fondamentaux de tous dans les pays riches ? Les gouvernements adorent la croissance parce qu’elle les dispense de s’attaquer aux inégalités. Comme Henry Wallich, un ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine [de 1974 à 1986], l’a un jour fait remarquer en défendant le modèle économique actuel, “la croissance est un substitut à l’égalité des revenus. Tant qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir, et cela rend tolérables les grands écarts de revenus.” La croissance est un sédatif politique qui étouffe la contestation, permet aux gouvernements

d’éviter l’affrontement avec les riches, empêche de b?tir une économie juste et durable. La croissance a permis la stratification sociale que même le Daily Mail [quotidien conservateur] déplore aujourd’hui. Existe-t-il quelque chose que l’on pourrait raisonnablement définir comme relevant du bien-être et que les riches n’ont pas encore ? Il y a trois mois, le Financial Times a publié un article sur la fa?on dont les grands magasins s’efforcent de satisfaire “le client qui est vraiment arrivé”. Mais son sujet implicite est que personne n’“arrive”, car la destination ne cesse de changer. Le problème, explique un cadre de Chanel, est que le luxe s’est “surdémocratisé”. Les riches doivent donc dépenser de plus en plus pour sortir du lot : aux Etats-Unis, le marché des biens et services destinés à les y aider pèse près de 1 000 milliards d’euros par an. Si vous voulez être certain que l’on ne peut vous confondre avec un être inférieur, vous pouvez désormais acheter des casseroles en or et diamants chez Harrod’s. Sans aucune ironie délibérée, l’article était accompagné de la photo d’un cercueil. Il s’agit d’une réplique de celui de lord Nelson, fabriquée avec du bois provenant du bateau sur lequel il est mort, que l’on peut s’offrir pour un prix faramineux dans la nouvelle section du grand magasin Selfridges dédiée à l’hyperluxe. Sacrifier sa santé et son bonheur pour pouvoir se payer cette horreur témoigne certainement d’un trouble mental grave. N’est-il pas temps de reconna?tre que nous avons touché la Terre promise et que nous devrions chercher à y rester ? Pourquoi voudrions-nous la quitter pour explorer un désert souillé par une frénésie de consommation suivie d’un effondrement écologique ? Pour les gouvernements du monde riche, la politique raisonnable à mener désormais n’est-elle pas de maintenir des taux de croissance aussi proches de zéro que possible ? Mais, parce que le discours politique est contr?lé par des gens pour qui l’accumulation d’argent est la principale finalité, une telle politique semble impossible. Aussi désagréable qu’elle soit, il est difficile d’imaginer ce qui, à part une récession accidentelle, pourrait empêcher la croissance économique de nous expulser du pays de Canaan pour nous expédier dans le désert. George Monbiot

Une maison 100 % recyclée

Thomas Meyer/Ostkreuz

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ls font les poubelles depuis des années, et ils en sont fiers. Cela fait sept ans que Fiona Duthie, fabricante de feutre, et Graham McGuffin, menuisier, rénovent leur maison, une ancienne ferme située dans la région de Prescott, presque exclusivement avec des matériaux de récupération, raconte le quotidien canadien The Ottawa Citizen. “Ce n’est pas qu’une question de responsabilité environnementale, explique Fiona Duthie. Créer quelque chose ayant du caractère à partir de trucs qui allaient finir à la décharge procure un sentiment d’accomplissement.”

Pour l’instant, le couple n’a dépensé que 12 000 dollars canadiens (8 200 euros) pour acheter ce qui lui manquait au dép?t ReStore, à Ottawa. Ce magasin à but non lucratif brade les matériaux (des fins de série, par exemple) que lui donnent diverses enseignes spécialisées. Le but : réduire le gaspillage et aider les foyers modestes. Le produit de la vente finance les programmes d’Habitat pour l’humanité, qui en partenariat avec des familles démunies, construit des logements décents à des prix modérés.

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